jeudi 15 février 2018

Mercredi 14 février, Paris : combattre l’esclavage en Libye…

Le Collectif Urgence Darfour, dirigée par Jacky Mamou, a organisé une soirée axée sur l’esclavage en Libye, à la Mairie centrale de Paris ce mercredi 14 février. Une dizaine de partenaires se sont associés, dont SOS Racisme et la Licra. Les intervenants sont Jacky Mamou, Audrey Pulvar de la Fondation pour la Nature et l’Homme, Mario Stasi, de la Licra, Sacha Ghozla de l’UEJF, Pierre Henry de France Terre d’asile, David Gakunzi, écrivain, Ibrahima Diallo, militant mauritanien, Emmanuel Cordien, du Comité de la marche du 23 mai 1998 et antillais, et Dominique Sopo de Sos Racisme. Je suis arrivé au moment de l’intervention de Mario Stasi.
Ces intervenants sont inégaux. Certains, la Licra, l’UEJF, et Sos Racisme, apportent un soutien sans expertise sur la situation politique en Afrique. La partie sur l’esclavage en Mauritanie et la traite transsaharienne est assez bancale, les propos d’Ibrahima Diallo des Forces de libération africaines de Mauritanie étant trop enflammés pour être crédibles, d’autant plus que d’autres spécialistes de l’esclavage en Mauritanie tiennent des propos différents et plus étayés. Les recommandations finales sont faites par Dominique Sopo, qui, par ses commentaires polémiques et assez mal documentés, les a plutôt embrouillées, au point qu’il soit délicat de vouloir en faire un résumé.
Trois vidéos de soudanais filmés à Paris par Mathieu Kas apportent des témoignages très durs de parcours complexes et douloureux et de traite d’êtres humains en Libye ces dernières années.
David Gakunzi fait un très bon exposé anti-'complotiste pro-Khadafi' dans lequel il démonte la rumeur d’un Khadafi libérateur de l’Afrique, genre ‘les occidentaux pillent l‘Afrique et les ennemis de mes ennemis sont mes amis’. Le complotisme du Moyen-orient et du Maghreb déborde sur l’Afrique subsaharienne au point qu’il faille démentir des rumeurs en conférence. Il poursuit en dénonçant les dictatures qui provoquent des flux migratoires et indique que ce qui est reproché à des pays démocratiques en Europe « n’est pas une ingérence pour imposer des valeurs démocratiques mais au contraire le fait d’être trop proches des tyrannies ». Il demande donc aux gouvernements « d’aider ceux qui combattent les dictatures ».
L’exposé de Pierre Henry de France Terre d’asile constitue sans doute le cœur du discours de la soirée. Celui-ci rappelle que le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme (HCDH-OHCHR),  Zeid Ra’ad Al Hussein s’est plaint le 14 novembre 2017 que « la politique de l’UE consistant à aider les garde-côtes libyens à intercepter et renvoyer les migrants (est) inhumaine ». Il dénonce l’utilisation d’ « Etats-tampons comme gardes-frontières », la « sous-traitance » et le « financement déshonorant d’une milice par l’Italie à Sabratha ».
Pour lui, « l’Europe mérite mieux » et le « rôle des garde-côtes financé par l’Ue est à interroger ». Il demande de vider les centres de rétentions et la réinstallation des réfugiés en Europe en plus des évacuations pour retour vers d’autres pays d’Afrique de 17 000 personnes selon l’Office International des migrations (OIM). Il constate qu’alors que le OHCHR compte « 45 000 étrangers en Libye éligibles au statut de réfugié » parmi 700 000 étrangers, et que le « HCR voudrait 40 000 places de réfugiés », « l’Ue n’en a promis que 10 000 » et « la France seulement 3000 d’ici 2019 ». Selon lui, le défi pour l’UE se situe dans « l’ouverture de voies légales », alors que les décisions du Sommet de Valette à ce sujet ne sont pas appliquées.
Il conclut sur la nécessité pour les pays africains « d’investir dans la démocratie et le développement ». Sur la Libye en particulier, il demande que l’on « refuse l’impunité à ceux qui ont fait le commerce d’êtres humains », « la mémoire partagée de l’humanité étant en jeu ».
Régis Marzin,
article compte-rendu écrit et publié le 15.2 .18

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